Le naufrage du Titanic,
l’assassinat des frères Kennedy, le drame de la
ville minière d’Aberfan : toutes ces catastrophes
avaient été annoncées.
Certains rêves prémonitoires stupéfient
les hommes de science.
David Booth est un employé de bureau de Cincinnati,
dans l’Ohio. C’est un Americain modèle.
Pourtant, lorsque le mois de mai 1979 se termine, sa vie est
complètement perturbée : il ne peut plus
s’endormir sans faire un horrible cauchemar, toujours le
même, si « vrai » qu’il se
réveille en tremblant et qu’il a peur de se
recoucher.
Depuis le milieu du mois, toutes les nuits, il assista, impuissant mais
comme « en direct », à la même
tragédie : son rêve l’emporte
près d’un grand aéroport, non loin des
pistes. Là, il admire les avions qui décollent.
En voici un gros, aux couleurs américaines. Ses trois
réacteurs hurlent. On dirait qu’il a du mal
à s’arracher à la piste.
Dans son rêve, David Booth entend le déchirement
des moteurs poussés à fond. Il voit le gros
porteur hésiter à prendre son vol, se cabrer
et… retomber en s’écrasant sur le sol.
Le feu prend aussitôt : une immense gerbe de flammes
lumineuses, couronnées d’une épaisse
fumée noire. L’employé de bureau croit
même sentir sur ses bras nus et sur son visage la chaleur
dégagée par l’incendie
qu’alimentent les réservoirs crevés. Et
c’est toujours à ce moment-là
qu’il se réveille…
Les premiers jours, David Booth a gardé son cauchemar pour
lui. Puis il a consulté son psychiatre, qui s’est
montré intéressé. Il a même
téléphoné aux autorités
aériennes de l’aéroport de Cincinnati,
où son rêve a été
suffisamment pris au sérieux pour que, aussitôt,
une équipe tente de deviner, d’après
les détails fournis par la « vision »,
de quel aéroport il peut bien être question. La
compagnie American Airlines renforce même ses mesures de
sécurité. Que faire, sinon attendre ?
Plus les jours passent et plus le cauchemar devient précis.
« Ce n’était pas comme un
rêve, a expliqué David Booth. J’avais le
sentiment d’être là, en train de
regarder la scène comme si je regardais la
télévision. »
Le 26 mai, la nouvelle tombe brutalement sur les
téléspectateurs du monde entier : un DC-10 de
l’American Airlines vient de s’écraser
au sol, en décollant de l’aéroport
international de Chicago. Deux cent soixante-treize personnes ont
péri carbonisées dans ce qui devient le plus
terrible désastre aérien de l’histoires
américaine.
En apprenant la nouvelle, les autorités de
l’aéroport de Cincinnati ont du mal à
admettre l’incroyable exactitude avec laquelle le drame de
Cjicago a reproduit le rêve de David Booth. Il le faudra
pourtant. Quant au « rêveur » de mauvais
augure, son cauchemar a disparu le soir même.
Cet exemple de prémonition, incontestable parce que noté et vérifié point par point par plusieurs témoins dignes de confiance, nous introduit dans le monde déroutant de ceux qui peuvent « dire » le futur.
En 1979 toujours, à Philadelphie, Helen Tillotson
est tirée d’un profond sommeil par des coups
frappés contre sa porte. C’est sa mère,
qui habite à un pâté de maisons de
là. Sans laisser le temps à sa fille de placer
une parole, Mme Tillotson mère lui demande pourquoi elle a
tenu à la reveiller, en venant frapper chez elle quelques
minutes auparavant… Surprise mutuelle. Chacun
déclare à l’autre qu’elle est
sûr de ce qu’elle avance. La fille n’a
pas bougé depuis la veille. La mère affirme avoir
parlé à sa fille.
Au même moment, une violente explosion secoue la rue. Les
deux femmes se précipitent à la
fenêtre. A la place de l’immeuble où
habitait Mme Tillotson : une façade béante !
L’appartement de Mme Tillotson s’est
volatilisé. « Si elle avait
été dans son lit à ce
moment-là, elle ne serait plus parmi nous »,
constate un des pompiers.
Hellen, la fille, était-elle somnambule ? A-t-elle pressenti
le danger qui menaçait sa mère ? Ou, au
contraire, la mère a-t-elle « prévu
» ce danger et s’est-elle inconsciemment
réfugiée chez sa fille ? Personne ne peut donner
d’explications satisfaisantes. Devant les innombrables
preuves de prémonition, la science officielle
piétine.
En 1979, cette fois en Espagne : un hôtelier fait un
rêve pendant lequel une voix lui assure qu’il ne
verra pas la naissance de l’enfant que sa femme attend dans
quelques mois. Impressionné, mais réaliste, Jaime
Castel décidé de contracter une assurance sur la
vie, très chère, mais qui laissera de quoi vivre
à sa famille en cas de malheur. Quelques semaines plus tard,
une voiture lancée à toute allure percute le
véhicule de l’hôtelier, de
manière complètement fortuite. Il meurt sur le
coup et l’assurance est obligée de payer la somme
souscrite par Jaime Castel : pas moins de 50 millions de centimes.
Les agents de l’assureur ont beau retourner le
problème sous toutes ses faces, ils ne trouvent rien
à redire. Ordinairement, une mort aussi rapide
après une souscription cache une manœuvre
frauduleuse. Là, rien. Sinon la malchance. Et une terrible
prémonition.
Autre prémonition subie par la victime d’Eryl Mai Jones, une petite Galloise de neuf ans. Le 20 octobre 1966, en se réveillant, elle raconte à sa mère un rêve bizarre : elle était allée à l’école, mais il n’y avait plus d’école ! La scène se passe à Aberfan, une petite ville minière de l’Est britannique. Le lendemain, un demi-million de tonnes de poussière de charbon dévalait sur la cité, engloutissait Eryl, son école et 139 de ses petits camarades…
Après ce désastre, le docteur John
Baker, un psychiatre londonien, est frappé par le nombre de
personnes qui prétendent avoir eu une prémonition
de la catastrophe. Après enquête, il retiendra le
témoignage de soixante d’entre elles et fondera le
Bureau anglais des prémonitions, dont il faut bien dire
qu’il n’a guère eu l’occasion,
jusqu’à présent, de pouvoir prouver son
utilité.
Sur la côte ouest des Etats-Unis, en Californie, un Bureau
identique est déjà opérationnel. Son
but : tenter de prévoir, en recueillant tous les
rêves prémonitoires des Californiens, le
tremblement de terre gigantesque que les scientifiques
prédisent aux Californiens pour le début des
années 80. L’hypothèse de
départ est simple : on espère que, dans les jours
qui précèderont le drame, les sujets les plus
sensibles verront leurs rêves perturbés. Le seul
vrai problème est que l’on ne saura si
ça marche… qu’après !
Le plus magnifique exemple de prémonition reste
pourtant l’aventure littéraire de Morgan
Robertson, un écrivain sans grand génie mais tout
à fait digne de passer à la
postérité. En 1890, il publie un petit roman qui
met en scène « le plus grand paquebot jamais
construit par l’homme ». C’est le Titan,
70 000 t, 2 500 passagers et à peine 24 bateaux de
sauvetage, ce qui provoquera un drame puisque, dans ce roman, le
géant des mers percute un iceberg en plein Atlantique et
coule en emportant la plupart des passagers. Le Titan
faisait sa première traversée.
Le 14 avril 1912, les 66 000 t du Titanic, le plus grand paquebot de
l’époque, s’engloutissent au large de
Terre-Neuve. Un iceberg vient d’éventrer la coque.
Il n’y a qu’une vingtaine de chaloupes à
bord : sur les 2 300 passagers, à peine 800 s’en
tireront. Le Titanic effectuait sa première liaison
transatlantique…
Ironie du sort : on comptait parmi les victimes le fameux journaliste
W.T. Stead, qui avait conclu un article sur le livre de Robertson par
ces mots : « C’est exactement ce qui pourrait se
passer si les grandes compagnies de paquebots persistent à
ne pas prévoir assez de chaloupes pour tout le monde !
»
Bien entendu, les sceptiques doutent des prémonitions en opposant celles qui se réalisent aux milliers d’autres qui sont dépourvues de tout intérêt. En 1979, la Mind Science Foundation de San Antonio, dans le Texas, a entrepris de tester les capacités prémonitoires publics. C’était à l’époque où la capsule Skylab venait d’échapper au contrôle de la N.A.S.A. et s’apprêtait à retomber sur la Terre. Il s’agissait de deviner où et quand elle pénétrerait à l’intérieur de l’atmosphère. Les résultats ont été plutôt décevants.
Autre mauvais exemple de prémonition : les prophéties historiques. Celles de Nostradamus sont célèbres. Esotériques à souhait, elles peuvent convenir à plusieurs épisodes de l’histoire, sans se déjuger. En fait, elles ne sont valables qu’après l’événement. Avant, elles ne signifient rien. Ainsi, la célèbre tirade "Près d’un port et de deux villes se produiront des fléaux qui n’auront jamais été vus auparavant" s’est successivement appliquée à plusieurs drames avant d’être accolée à Hiroshima et Nagasaki.
Une bonne prémonition doit être explicite
avant ce qu’elle annonce. En 1952, alors qu’elle
priait à la cathédrale Saint Matthew de
Washington, Jeane Dixon est soudain victime d’une sorte
d’hallucination. Devant ses yeux, une vue de la
Maison-Blanche et quatre chiffres en surimpression : 1-9-6-0. Elle
« voit » un jeune homme aux yeux bleus. Une voix
lui dit qu’il est démocrate, qu’il sera
président en 1960 et qu’il mourra
assassiné. C’était John F. Kennedy !
De la même manière, en 1968, au cours
d’une Convention tenue à
l’hôtel Ambassador de Los Angeles, elle annonce, en
réponse à une question, que Robert Kennedy ne
sera jamais président des Etats-Unis. « En
entendant le nom de Robert Kennedy, a-t-elle raconté,
j’ai vu comme un rideau noir tomber entre la salle et moi.
» Elle va jusqu'à préciser
qu’il lui arrivera quelque chose, dans ce même
hôtel. Une semaine plus tard, le frère du
président assassiné était à
son tour abattu à coups de revolver. Dans le hall de
l’hôtel Ambassador…
Même pour Jeane Dixon, la plus
célèbre voyante des Etats- Unis, les
prémonitions ne sont pas toujours aussi spectaculairement
vérifiées. On estime à 70 % au grand
maximum leur taux de réussite. Les sceptiques font
d’ailleurs remarquer que le flou artistique de la plupart des
prédictions favorise, par la simple absence de
précisions, ce taux élevé.
On pourrait ainsi accumuler des milliers d’anecdotes. Sans
répondre à la vraie question : est-il possible de
voyager ainsi dans le futur, du moins par la pensée ? La
science se borne à constater ces impossibles incursions hors
des règles communément admises de
l’espace-temps. Elle ne les explique pas.
Effet subtil, la prémonition échappe aux vérifications en laboratoire, ce qui empêche souvent de la prendre au sérieux. Et pourtant… Derrière ces interrogations se cache peut-être un nouveau mode d’appréhension des rapports de l’homme avec son monde.